PIE : Quel rapport entretenez-vous avec les livres ? Qu’est ce qui vous a conduit(s) à la librairie ?
Katia - L’Usage du Monde : Les livres ont toujours fait partie de mon existence et les librairies aussi. Venant d’une petite ville de Province, je lisais pour tromper l’ennui, m’occuper, me tenir compagnie... C’était aussi un prétexte pour ne pas faire mes devoirs (j’avais toujours un livre à terminer !). Plus tard (après mon bac), je n’avais pas forcément les moyens de poursuivre de longues études, il fallait que je trouve une formation courte qui me permette de trouver un emploi rapidement. La librairie s’est donc imposée naturellement.
Créer une librairie aujourd’hui, est-ce raisonnable ?
Oui et non. Financièrement, créer une librairie coûte cher et rapporte très peu. Les marges sont réduites et les charges importantes. De plus, la concurrence aujourd’hui est multiple : grands magasins, Internet et livres numériques... Toutefois, la librairie est une économie stable. Dans les centres-villes, les habitants apprécient les commerces de proximité et le livre reste aujourd’hui un objet qu’on aime se faire conseiller et offrir.
Quelles ont été les principales étapes de votre parcours (de la décision de créer à l’installation effective) ? Pourquoi avoir préféré la création à la reprise ?
La première étape indispensable, c’est l’expérience. Je voulais ouvrir une librairie généraliste, il était donc indispensable que je me forme dans tous les rayons. J’ai donc travaillé 7 ans avant de me lancer en essayant de me diversifier (j’ai travaillé en Beaux Arts, Jeunesse, Littérature, Pratique, Tourisme, Droit, Médecine, les livres d’occasion, le scolaire...). Puis j’ai demandé à Anne (une ancienne collègue de Gibert) qui avait une grande expérience en Sciences Humaines ainsi qu’un bagage universitaire solide si elle souhaitait travailler avec moi à ce nouveau projet. Par chance, elle a accepté.
Ensuite, nous nous sommes mis en quête d’un local (avec l’aide précieuse de mon mari). Nous souhaitions un quartier sans concurrence, en développement, avec des commerces autour, sur le chemin du métro et suffisamment grand pour avoir un stock diversifié et conséquent (afin que tous les rayons soient représentés). Après plusieurs échecs, nous avons finalement trouvé ce local à Guy Môquet, un quartier très prometteur que nous connaissions bien (nous habitons dans le 18ème depuis une dizaine d’années). L’étude de marché n’a donc pas été très utile puisque nous connaissions parfaitement ce quartier (les horaires du marché, le nombre d’écoles à proximité etc.).Nous avons fait appel à différents organismes d’aide (Paris initiative, la Drac, l’Adelc, la Région, le CNL) et nous avons également vendu notre studio. Ouvrir une librairie coûte cher, mais la création reste tout de même plus abordable que la reprise.
Une fois le local réservé et les demandes d’aide finalisées (business plan, entretiens divers etc.), je me suis lancée dans l’élaboration du stock (9000 références à choisir), ce qui a pris à peu près deux mois, un travail fastidieux mais passionnant que j’ai réalisé à l’aide de catalogues et d’un logiciel prêté par l’Adelc.
Enfin, nous avons signé le local, fait appel à un artisan pour réaliser les étagères, et nous avons travaillé à l’aménagement pendant tout l’été.
Le libraire a-t-il un rôle particulier à jouer dans la vie de quartier ?
Le libraire a un vrai rôle social à jouer, c’est évident. La librairie doit participer à la cohésion sociale, c’est la raison pour laquelle nous mettons en place des animations régulières (signatures, rencontres, et prochainement nous essaierons de mettre en place un prix). La librairie doit être un lieu où les gens se rencontrent et échangent. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Depuis que nous avons ouvert, les clients nous disent qu’on a redonné une âme au quartier, qu’il est bien agréable de passer le samedi et d’y rencontrer des auteurs, des voisins, des inconnus aussi, tous animés par cette même passion du livre.
Dans quel état d’esprit êtes-vous actuellement ?
Enthousiaste et prudente. Je pense qu’il faut bien 2 ans pour avoir le recul nécessaire sur la rentabilité de l’entreprise. Pour l’instant, nous essayons de nous faire connaître et ça prendra certainement un petit peu de temps (une année me disent mes collègues libraires). Angoissée aussi en raison de l’augmentation annoncée de la TVA sur le livre. On ne sait pas encore si cette augmentation amputera nos marges déjà réduites, ce qui aurait un effet catastrophique sur la stabilité financière de l’entreprise.


